1. Vis. Observe. Admire. 

    Le monde. 

    L’humanité. 

    L’individu. 

    La Terre. 

    L’amour. 

    Éprouve les sentiments et perçois les émotions. 

    Ne renonce pas. Ne te résigne pas. 

    Regarde loin. 

    Voyage. 

    Crois en un mystère. 

    Cherche l’autre. Respecte le. 

    Aime. 

    Décris l’infini. Imagine une histoire. 

    Regarde toi. Fais toi face. 

    Écoute le bruit du monde. 

    Vis. 

    Meurs.

    Ne délaisse rien. 

     
  2. Esthétisation de l’orgasme. 

     
  3. Jeune et Jolie - François Ozon. 

    Jeune et Jolie est un titre humble; j’irai même jusqu’à dire que c’est un euphémisme qui correspond à ce que Ozon dit dans son film. Ce n’est pas un film sur la prostitution, ce n’est pas un film ‘social’ mais un film sur l’enfance, l’adolescence, le passage à l’âge adulte, la féminité, la masculinité, les rapports familiaux, la beauté… tous ces sentiments profonds qui constituent l’individu, qui façonnent nos rapports aux autres et qui sont sans cesse enfouis au nom de la bienséance, du politiquement correct et de l’apparence.

    Ozon montre le vu, le vécu, le fantasmé, le craint à travers l’histoire d’une fille tout simplement jeune et jolie. Progressivement il nous porte vers l’ambivalence et les limites de la beauté et vers le statut de la Femme. Cette femme qui doit découvrir sans s’éloigner d’un chemin accepté par tous. Cette femme qui doit vouloir sans avoir. Cette femme soumise à la puissance des mots et des qualificatifs. 

    Ozon s’est risqué sur un terrain difficile et sensible qui en choquera plus d’un. Mais ça serait se méprendre que de s’en tenir à une vision univoque de ce film qui résume parfaitement le carcan dans lequel une femme (adolescente qui plus est) est enfermée. Mais la femme n’est pas seule et l’homme fait partie intégrante de ce cercle de découvertes ou d’émancipations sexuelles. Qu’il soit jeune ou vieux il désire et aspire à être vu par les femmes. Mais lui aussi doute, souffre et aime.

    En ce sens, Ozon produit un film qui respecte autant l’homme que la femme et incarne un exemple de ce que devrait idéalement être le féminisme (si tant est que l’on doive tout catégoriser). En recontextualisant le tout au coeur de l’ère d’Internet il dresse le portrait du chemin que parcourt un adolescent vers l’âge adulte aujourd’hui. 

    Au-delà de cet aspect plus sociologique, il réutilise la normalité apparente pour dévoiler des doubles vies, des secrets et des mensonges tout en montrant que c’est souvent dans ces vies cachées que les individus sont eux-mêmes et libres. L’ouverture d’esprit est tendancieuse, le poids des règles sociales est lourd et le transgressif doit être puni et soigné. 

    La sexualité y est présentée comme une découverte, un moyen d’aller au-delà de nous même et de ce que l’on nous impose. Cependant, elle dépasse les chemins communément admis et alors tout déraille… 

    Derrière cet humble titre se cache alors un film d’une puissance inouïe, d’une vérité et d’une authenticité forte qui nous permet de mieux contempler nos instincts et de repenser nos rapports aux normes. 

     

  4. "

    "Quand un étranger veut connaître le système de nos universités, il demande d’abord avec insistance: "Comment l’étudiant est-il relié à l’université?" Nous répondons: "Par l’oreille, c’est un auditeur." L’étranger s’étonne: "Rien que par l’oreille?", demande-t-il derechef. "Rien que par l’oreille", répondons-nous. L’étudiant écoute. Quand il parle, quand il voit, quand il marche, quand il est en compagnie, quand il a une activité artistique, bref quand il vit, il est autonome, c’est-à-dire indépendant de l’établissement d’enseignement. Très souvent l’étudiant écrit en même temps qu’il écoute. Ce sont les moments où il est suspendu au cordon ombilical de l’Université. Il peut choisir ce qu’il va entendre, il n’a pas besoin de croire ce qu’il entend, il peut fermer l’oreille quand il ne veut pas entendre. C’est la méthode d’enseignement "acroamatique".

    Quant au professeur, il parle à ces étudiants qui l’écoutent. Ce qu’il pense en fait par ailleurs est séparé par un gouffre immense de la perception des étudiants. Souvent le professeur lit en parlant. En général il veut avoir le plus grand nombre possible d’auditeurs, en cas de besoin il se contente de quelques-uns, presque jamais d’un seul. Une bouche qui parle, beaucoup d’oreilles et moitié de mains qui écrivent - voilà l’appareil académique extérieur, voilà la machine à culture de l’Université mise en activité. Pour tout le reste le possesseur de cette bouche est séparé et indépendant des détenteurs des nombreuses oreilles, et cette double autonomie est louée avec exaltation sous le nom de “liberté académique”. Du reste on peut -pour que cette liberté soit encore accrue- dire à peu près ce qu’on veut, à ceci près que derrière ces deux groupes à une distance convenable se tient l’État avec mine tendue de surveillant, pour rappeler de temps à autre que c’est lui le but, la fin et la quintessence de ces étranges procédures de parole et d’audition.”

    "
    — Nietzsche “Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement”, Bâle 1872. 
     

  5. 天注定 ( A Touch of Sin, Jia Zhangke)

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    Aujourd’hui, j’ai lu un article sur la sortie progressive de la Chine de la pauvreté grâce à des politiques de relogement notamment dans les régions les plus reculées de cet immense pays comme la municipalité de Chongqing. Chongqing justement… la localité où Jia Zhangke introduit A Touch of Sin, portrait subjuguant de la réalité chinoise. Certes des politiques sont en cours mais le film montre une course effrénée vers la modernité qui n’est pas sans conséquences sociales dures… entre violence sauvage et névroses urbaines le mal-être s’étend.  

    Dès les premières minutes du film on entre dans le quotidien des miséreux des montagnes de Chongqing. Le long voyage commence là où tout semble désespérément figé dans un froid glacial et dans des usines délabrées. Il se termine dans la chaleur étouffante et humide de la ville polluée et surpeuplée. Entre ce point de départ et ce point d’arrivée on traverse tous les âges, tous les genres, les deux sexes, différents niveaux de fortune et de hiérarchie. Jia Zhangke réussit à produire un discours sur ce qu’est la misère dans un pays en sur-développement comme la Chine: elle n’est plus seulement synonyme de famine et de non-possession (bien que cet aspect existe bel et bien encore) mais elle découle aussi de l’appât du gain et des nouvelles technologies, de l’absence de liberté, des inégalités, du poids des traditions… Des maux modernes issus de notre société hypercomplexe où le modèle inconditionnel reste l’Occident. 

    En fait, la violence est partout: si elle n’est pas physique elle est psychologique; Si elle n’est pas verbale elle est gestuelle; Si elle n’est pas montrée elle est sous-entendue. Comment ne pas trouver violente l’image de cet immeuble peu entretenu de la ville de Dongguan (faisant partie d’une de ces “zones économiques spéciales” hyper attractives pour les investisseurs occidentaux…) où l’on entend sans interruption le son répétitif d’une sonnerie venant de l’usine? Une masse de jeunes anonymes y sont entassés. 

    La dernière scène époustouflante d’une scène de théâtre dans le Chongqing… au milieu de nulle part… sur une esplanade de terre… Les couleurs y sont vives, les visages sourient et rient. Les esprits sont ailleurs et s’élèvent quelques instants vers un autre monde, un soupçon de liberté et d’espoir. Finalement que reste-t-il ? L’illusion de la mise en scène… 

     
  6. Gênes. Décembre 2013. 

    Un bijou que l’Italie conserve encore. Au détour des ruelles sombres et étroites on découvre des chapelles ou des cathédrales monumentales; des palais donnant sur des places fréquentées ou de vieilles échoppes reconverties. Gênes est poétique et on y respire l’ambiance authentique d’une Italie vivante, simple, épicurienne. Tels des décors irréels les lourdes portes cachent des cours intimes, les façades des fresques métaphoriques et les murs des histoires des temps passés. Ouverte sur la mer elle est une des plus vieilles portes de l’Europe vers le monde où plusieurs strates de l’Histoire s’entremêlent et créent une âme unique et chaleureuse.

    Passé, présent et futur semblent perdre leurs sens dans cette ville où tout ne fait plus qu’un. Le futur nous ensevelit inexorablement tout en nous éloignant du passé, il prend le pas sur ces vieilles pierres et impose de nouvelles façons de vivre, de faire et de penser. Le présent, si éphémère soit-il, ne fait que contempler le temps qui passe et celui qui arrive. 

    Une telle ville est chargée du Temps et c’est ce qui fait sa beauté. 

     

  7. "Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante.Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant."
    — Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole » Traduit par Olivier Favier via http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/01/01/je-hais-le-nouvel-an-par-antonio-gramsci/
     

  8. Bouleversantes sont les vies bouleversées. Étouffantes sont les villes élevées par l’effort des hommes. Figées sont les oeuvres d’arts encadrées sur des murs froids. Les individus ne sont que l’ombre d’eux-mêmes flottant dans un air asphyxié et ne font plus attention aux écrits des illustres érudits ensevelis. Que cherchons nous aujourd’hui? Fortune, bonheur idéalisé, culture viciée? Retournons peut-être vers des paysages majestueux vivifiants et inspirants. Redonnons un sens à ce qui nous entoure, supprimons la banalisation de notre quotidien et retrouvons valeurs et mythes. “Nous ne sommes rien; c’est ce que nous cherchons qui est tout” (Hypérion, Hölderlin); alors, cherchons le grand, le vrai et la connaissance.

     
  9. Espionner les intérieurs… 

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  10. Inspiration - Michel Campeau, Splendeurs et Fétichisme. 

    Mois de la Photographie 2013

    Montréal, Musée des beaux-arts